|
« Que serais-je devenu sans cet événement majeur ? »
Dans sa chaise roulante, derrière un bureau bien
rangé, Claude Berg évoque avec pudeur cet accident de
sport, au service militaire, qui bouleversa sa vie et trempa son
caractère. Parti de rien ou presque, ce « vieux baroudeur
» de l'économie sociale, comme il aime à se
définir lui-même, mesure aujourd'hui avec une satisfaction
non dissimulée le chemin parcouru par « son » petit
atelier protégé
Fondée en avril 1972, très jalouse de son
indépendance politique et en rogne contre le paternalisme social
ambiant vis-à-vis des handicapés, la petite entreprise
arlonaise démarre en emballant des pâtes alimentaires pour
Philadelphia. L'année suivante, Levi Strauss lui propose de
nettoyer ses bâtiments du zoning d'Arlon en soirée. C'est
le déclic. Depuis ce jour, Claude Berg n'aura de cesse de
développer des services de proximité mettant les
travailleurs handicapés au contact de la population. «
Il est fondamental qu'ils passent du statut "d'objet", où le
handicap prédomine, à celui de "sujet", où le
travail est mis à l'avant-plan . »
Nettoyage de bureaux, lavage de vitres, pose de chapiteaux, travaux
forestiers, entretien d'espaces verts, peintures en tout genre : les
services proposés aujourd'hui par le groupe La Lorraine,
composé de quatre sociétés distinctes (1), sont
aussi nombreux que variés. Et Claude Berg n'est pas peu fier de
pouvoir offrir du travail à plus de 300 personnes. Parmi elles,
près de 200 handicapés « dont plusieurs exercent de très
hautes responsabilités ».
Car l'homme est très attaché à la participation
des travailleurs. Sa devise ? « La
cohésion sociale par la concertation sociale. » Et ça fonctionne plutôt bien : «
En 24 ans, je n'ai jamais eu d'affaire au tribunal du travail ! »
En 2004, quand les syndicats lui demandent de ne pas organiser
d'élections sociales, il les envoie sur les roses! Mais c'est en
novembre dernier que ses efforts pour démocratiser le groupe
paient: « Pour les cinq places de représentants du
personnel au conseil d'administration, nous avons eu 23 candidats!
»
En 2003, La Lorraine a été la deuxième entreprise
wallonne à décrocher l'agrément pour les
titres-services qui promeuvent la réinsertion. Ce qui a
littéralement boosté l'activité de la
société: deux filiales ont été
créées, employant aujourd'hui une cinquantaine d'aides
ménagères chacune. Ainsi, grâce à
l'expérience, au dynamisme et à la logistique d'une
entreprise de travail adapté, les dames qui
bénéficient des titres-services ne sont plus
marginalisées et ont rejoint la société salariale.
Mais alors que ce « créneau» est en plein essor et
qu'un déménagement à Bertrix se prépare
pour l'une des filiales, Claude Berg est déjà ailleurs.
Il mûrit son nouveau projet en économie sociale: un bureau
de recherche proposant des services en... généalogie !
D.L.
|