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ARLON • Le
groupe «La Lorraine», à Weyler
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Intégration
rime
avec réinsertion
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Un exemple pour toute la Wallonie
L’homme est presque une
légende. Claude Berg aurait pu tout perdre le jour
où un accident l'a
privé de l'usage de ses jambes. Et
puis non ! Il a tout gagné, à force de
volonté. Il faut le suivre, alors
qu'il véhicule sa chaise à l'huile de bras pour
vous faire
découvrir les
derniers aménagements
réalisés sur le site de
« La Lorraine », à
Weyler. Son royaume. Pour ses travailleurs, Claude Berg est un
père, un
exemple, mais aussi, surtout, un patron. Un vrai ! Son enthousiasme et
cette
inébranlable conviction
qu'il y a un espoir dans le
respect des
accidentés de la vie force le respect. Et ce n'est pas un
hasard si « La
Lorraine » est devenue un modèle du genre
pour toute la Wallonie.
P.C.
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Vous
croisez sans doute
régulièrement l'un des 85
véhicules frappés au logo de
« La Lorraine », ces deux
personnages qui
se tiennent par l'épaule et sont l'image de marque de
« l'entreprise solidaire ».
Les travailleurs du groupe, basé â Weyler,
à coté d'Arlon, vous les verrez sur
leur échelle, en plein nettoyage de vitres, chez les
commerçants, dans les administrations
et les bureaux. C'est aussi « La
Lorraine » qui contribue à la
propreté
d'Arlon, récompensée il y a deux ans par
« Test Achats » qui l'a
proclamée
« la plus propre de Wallonie ».
Et « La Lorraine » n'est
pas peu fière de cette reconnaissance. Par ailleurs,
l'entreprise s'est spécialisée
dans la pose de chapiteaux, l'entretien des jardins et depuis 2003 a
créé deux
sociétés de titres-services. |
| Il
est bien loin, le temps où
« La Lorraine » était un
atelier protégé. C'était la grande
époque post-soixante-huitarde des premières
tentatives de l'intégration de la personne
handicapée dans le monde du travail.
A Arlon, Claude Berg lui-même handicapé moteur
à la suite d'un accident,
n'était pas prêt à regarder passer la
vie depuis sa chaise roulante. Le 11
avril 1972, l'atelier protégé de Lorraine fait
ses premières armes dans la
production de pâtes alimentaires, chez Filadelfia. La dizaine
de travailleurs
est chargée de l'emballage, rue des Thermes romains - qui
était d'ailleurs encore
la rue des Ateliers. C'est bien, mais pour Claude Berg, ce n'est pas
assez.
L'homme, qui n'est jamais à court d'idées,
décroche un contrat d'emballages de
serviettes hygiéniques, mais le projet tourne court. En
1973, Lévi's Strauss,
alors installé sur le zoning industriel d'Arlon, fait appel
à l'atelier protégé
pour le nettoyage de ses bâtiments et celui de ses vitres.
C'est le déclic : « l'intérêt
de développer des activités de services dans
l'économie ». Au
nettoyage, s'ajouteront bientôt d'autres secteurs : travaux
forestiers et
d'entretien de jardins, location et pose de chapiteaux et
même, un temps,
l'installation de piscines - un échec ! Aujourd'hui,
« La Lorraine »
a ajouté une corde à son arc en devenant la
première entreprise wallonne à
décrocher l'agrément pour les
titres-services qui promeuvent la réinsertion. |
Si l'histoire de
« La
Lorraine » ressemble à s'y
méprendre à une success story,
avec près de 300 travailleurs, elle n'en
connaîtra pas moins des
péripéties et des crises qui auraient pu
tout remettre
en cause. C'est que l'atelier protégé
éprouve bien des difficultés à
grandir,
plus précisément à s'extraire du cocon
familial qui avait jusque-là été le
sien
pour se glisser dans la peau toute neuve, mais une peu grande pour lui,
de PME.
Début des années 80, la crise
éclate, une restructuration est opérée
et Claude
Berg, qui était parti fonder en 1975 le Home lorrain
d'hébergement, à Freylange
(Arlon) destiné à certains des travailleurs,
devient administrateur délégué et
directeur. Un fauteuil qu'il occupe depuis près d'un quart
de siècle.
« Il
ne faut pas se voiler la face. Oui, nous avons
traversé des crises, suscitées
par un mélange d'intérêts.
Dès
lors qu'on s'enrichit collectivement, il est
tentant pour les plus qualifiés de prendre le pouvoir. C'est
légitime, dans une
certaine mesure. Il s'agit de trouver un bon équilibre, en
ce compris avec les
syndicats, qui sont aussi nos partenaires. Et c'est une chose dont je
suis
fier. En 23 ans, je n'ai jamais eu d'affaire au tribunal du travail
! »
Philippe COLLING
Photos: Claudy PETIT
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CLAUDE
BERG • Coordinateur du groupe « La
Lorraine »
« Des
empIoyeurs responsables »
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Pas
question de
paternalisme à « La Lorraine ».
Nous nous
comportons comme des employeurs responsables », affirme
Claude Berg.
•
Claude Berg, vous êtes coordinateur du groupe «
La Lorraine », basé à Weyler (Arlon).
Lorsque vous
avez fondé ce qui était alors un atelier
protégé, vous étiez loin d'imaginer
l'entreprise sociale qu'elle est devenue ?
•
Absolument, et les
résultats actuels du groupe
«
La Loraine », qui compte désormais quatre
sociétés, dont deux de titres-services,
dépassent toutes mes espérances. Vers 1974, quand
a démarré le nettoyage de vitres, je me suis dit
qu'il serait formidable d'atteindre, à terme, une centaine
d'emplois.
Aujourd'hui,
« La
Lorraine 72
», qui est notre
entreprise de travail adapté (ETA), emploie près
de 200 personnes et, ce qui est mieux encore, a permis
de créer « La Lorraine 95 », entreprise
d'insertion qui occupe une quinzaine de personnes.
Quant aux deux
sociétés de titres-services, elles
permettent à des aides ménagères de
réintégrer le circuit du travail.
•
À l'intégration de la personne
handi- capée s'ajoute donc la
réinsertion
?
• Quel beau
paradoxe !
C'est une
entreprise qui emploie deux
cents
personnes handicapées qui a permis de créer des
sociétés dont
bénéficient des personnes non
handicapées.
•
Justement, l'image de l'atelier
protégé, celle d'un certain paternalisme, aussi,
n'a-t-elle
pas été difficile à
dépasser ?
• Si, et
c'est toujours
difficile,
surtout dans la proche
région où « La Lorraine »
reste synonyme de personnes
handicapées. Autour d'Arlon, l'étiquette nous
colle encore à la peau, ce qui n'est pas le cas lorsqu'on
s'éloigne, à La Roche ou à Vianden,
où
« La Lorraine » est
considérée
comme une entreprise
de services à part entière. C'est la
stigmatisation du handicap que nous payons toujours malgré
tout un peu. Même si ces dernières
années il y a eu une belle évolution de la
représentation sociale de la personne handicapée.
•
Vous même handicapé moteur à la suite
d'un accident, vous êtes battu pour cette normalisation ?
• Vous
savez, lorsque
«
La Lorraine » a
débuté ses
activités, en 1972, le salaire, qui
était plus exactement un complément à
une allocation, était de l'ordre de 15 francs l'heure. Une
vrai misère, quelque chose de symbolique. Nous
étions enfermés dans une problématique
d'aide. Aujourd'hui, nous sommes passés à une
problématique d'emploi, avec toutes les contraintes que cela
comporte, tant de la part de l'employeur que nous sommes, que de nos
employés.
Je veux dire par là que
nous nous
comportons
en employeurs responsables, et que si nous savons dire merci
à notre personnel, nous devons aussi parfois
remercier,
c'est-à-dire licencier certains de ses membres qui n'ont pas
intégré les termes du
contrat. « La Lorraine », donne sa chance
à ces gens, mais c'est aussi à eux de la saisir.
Nous vivons dans une société de droits et de
devoirs !
•
Et sur le plan de la
productivité ?
• Il y a
deux ans, l'inspecteur de
l'AWIPH a dressé
un
excellent rapport de nos résultats, et je suis fier de dire
que « La Lorraine » est une entreprise
fiable. Un bémol toutefois : il faut
précisément que nous restions attentifs
à notre courbe de productivité, qui se
différencie de celle des coûts salariaux. Et
ça, à terme, ça peut en effet
devenir inquiétant !
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| Mon
grand-père avait perdu sa
maison dans un incendie. Il en est resté aigri le reste de
sa vie, explique Claude Berg. J'aurais pu réagir ainsi
après mon accident. Moi, j'ai voulu me battre ! |
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•
La création d'une, puis de deux
sociétés de titres-services, une autre victoire ?
•«
La Lorraine
» a
été la première
société wallonne
à être agréée, en 2003. Nous
sommes une entreprise de services, c'est notre
métier de base, aussi nous avions tout pour
réussir : l'expérience, la logistique,
...
Et puis, si les titres-services combattent
le travail au
noir ou l'exploitation de personnes marginalisées,
ils s'inscrivent aussi parfaitement. dans la démarche de
« La Lorraine », la volonté de
« normaliser » les gens, de sortir de cette logique
souvent entendue : «
Soyez déjà bien contents avoir
du travail ! »
Aujourd'hui, les dames qui
bénéficient
des titres-services ne sont plus des femmes à
journée, taillables et corvéables à
merci. Ces personnes, qui s'étaient retrouvées
marginalisées, rejoignent la société
salariale. Le salaire, aujourd'hui, c'est la norme, et, ce qui va avec,
c'est la sécurité sociale. On en revient ainsi
à la notion d'insertion et d'intégration!
Entretien : PhIlIppe COLLING
Photos: Claudy PETIT
Repères
•
UN GROUPE, QUATRE SOCIÉTÉS.
Désormais
groupe, « La
Lorraine »
compte quatre sociétés : 1. «
La Lorraine 72 », entreprise de travail
adapté (ETA) qui emploie près de
200 personnes
handicapées, passée du
statut d'ASBL à celui de
société coopérative à
finalité sociale le 30
septembre dernier; 2. « La Lorraine 95 »,
entreprise d'insertion qui
emploie 15 personnes; 3. « Les titres-services de
La Lorraine », une
cinquantaine d'aides ménagères au travail;
4. « Les
titres-services de l'Ardenne », une seconde
société qui emploie déjà
une quinzaine d'aides ménagères.
•
À WEYLER ET BERTRIX.
« La
Lorraine » est
implantée depuis
1990 à la zone artisanale de
Weyler, à la sortie d'Arlon, sur un site de 4 hectares. La
flotte
compte actuellement 85 véhicules liés
à des services de nettoyage, de
peinture, d'entretien de parcs et jardins, de travaux forestiers et de
pose de chapiteaux.
Actuellement, un bâtiment est en
rénovation
à Bertrix, future antenne de « La
Lorraine » en Ardenne.
•
CHIFFRE D'AFFAIRES.
En 2004, « La Lorraine »
a
réalisé un chiffre d'affaires de 5 150 000
euros, résultat de la production directe et autonome de
services. (60
%) et de subvention et d'aides à l'emploi (40 %).
Ce chiffre d'affaires est en progression de
28 %, une forte
augmentation, mals exclusivement réalisée par les
deux sociétés de
titres-services.
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